Les Loco-(E)motions de Marc Nader

© L’Orient-Le Jour - Colette Khalaf | Novembre, 2009

A travers une série de photos (giclées sur toile) accrochées à la galerie Aïda Cherfan* (centre-ville) et dont le thème porte sur les moyens de locomotion, le photographe Marc Nader fait part de son credo devenu célèbre : « Less is more. » Jusqu’au 27 novembre.

« “Loco-Motifs” n’est pas une exposition portant sur la fonction des moyens de transport, mais une illustration de leur côté graphique », commence par préciser Marc Nader. Les sons et les images ont longtemps baigné l’enfance de cet autodidacte. De mère pianiste, le jeune Nader se sent vite attiré vers la musique qu’il exercera plus tard en hobby, mais aussi vers la photo qui deviendra sa passion première.

Marc Nader se consacre ainsi depuis plus de quatre décennies à son « sport » favori : chasseur d’images – après bien sûr avoir décroché un diplôme en gestion « par obligation », dit-il. En 1983, il s’installe aux États-Unis, mais retourne au Liban en 1996 lorsqu’il se voit offrir le poste d’enseignant de photographie au département d’architecture et de design à l’Université américaine de Beyrouth.

« Less is more », mais aussi « Le mieux est l’ennemi du bien », c’est ce qui transparaît à travers cette série de giclées sur toile. Fixant le détail, le captant et l’isolant afin de le mettre en évidence, Marc Nader offre à voir des gros plans de voitures ou de pneus, de bateaux ou de coques, de trains ou de rails car, dit-il, «le détail donne plus de force à l’idée que je veux transmettre. Je supprime donc et j’élague tout ce qui est susceptible d’affaiblir le message », ajoute-t-il.

Ce message n’est autre que cette charge d’émotions, ce bouillonnement à la fois tactile et sensoriel qui se dégage de simples reproductions. « J’aime la matière et la texture, avoue le photographe, j’aime toucher l’inanimé auquel je donne une vie supplémentaire. » Il y a ces boulons, ces vis et cette ferraille qui semblent «sourire comme des personnages gais», dit-il encore en riant, «mais aussi cette juxtaposition cohérente de matières différentes ». Une mise en contraste entre les couleurs chaudes et froides, entre le liquide (la mer) et le solide (le bateau), ou encore entre les lignes précises et les flous vaporeux. Tout est au service de cet instant où l’objet capté s’efface devant l’image, qui deviendra à son tour elle-même objet ou sujet de l’œuvre.

Tout dans le détail ...

Curieux de tout ce qui l’entoure, Marc Nader affûte son regard et shoote. Depuis qu’il est dans le métier, l’artiste suit la même démarche. Certes, la technologie contribue à élargir les champs visuels ou à améliorer la production, «mais s’il s’agissait de refaire des photos, je ferais les mêmes. Et d’ajouter : «Il ne faut pas seulement se concentrer sur le côté technique car la photo ne serait pas alors une œuvre artistique au même rang que la peinture ou un autre art, mais simplement un travail bien élaboré. »

C’est suite à un agencement judicieux et à une composition habile que naissent les émotions chez ce photographe soucieux du moindre détail et de la lumière : « Je suis un fanatique de la composition, et la dynamique de certaines matières par rapport à d’autres m’intrigue et me séduit. J’essaye également de passer d’un élément à un autre sans créer des lieux creux. À condition qu’ils soient fonctionnels et utiles, et qu’ils créent des points de fuite intéressants. »

Simples et épurées, ses œuvres photographiques racontent de belles histoires. En couleurs ou en noir et blanc. Qu’importe ! La vie n’est-elle pas tantôt colorée, tantôt monochrome ? Ces clichés parlent de voyages, d’exil, mais aussi de liberté et de soif de grands espaces. Il y a dans chaque photo quelques points de suspension qui permettent au regard de voyager à l’intérieur de la toile et d’entrouvrir des horizons lointains. « Ce sont des idées toutes simples, explique Nader, qui ne tiennent certes pas à chambouler le monde, mais à le montrer sous un autre regard. »

« Ce ne sont pas les milliers de photos jetées que je regrette, mais celles que je n’ai pu capter, avoue-t-il, car je n’avais pas mon appareil sur moi. Ces images sont pourtant enregistrées dans ma tête. » Tout en disant cela, on croirait passer dans ses yeux un éclair furtif. Comme un flash d’un plaisir demeuré intact.