Le Catalogue du Festival de Beiteddine

© L’orient-Le Jour - Natacha Sikias | Juillet 1997

Cette année, le « programme » du festival de Beiteddine affiche un nouveau look, harmonieux. Les pages publicitaires conventionnelles sont remplacées par des photos d’art, accompagnées du nom du sponsor. Une soixantaine de vues, la plupart signées Marc Nader, et quelques-unes par Saadi el-Hakim. Des images qui marient des instruments de musique à l’architecture du palais. L’initiative revient à Leila Musfy, « graphic designer » du catalogue.

« Enthousiasmé par l’entière liberté qu’on me laissait, j’ai immédiatement été partie prenante », dit Marc Nader, rentré des Etats-Unis depuis un an.

« Il s’agissait au départ de photographier des instruments. J’ai proposé le palais, comme cadre, pour être ainsi au cœur même du « sujet ». Prenant au hasard un instrument, j’ai alors tenté de provoquer une interaction entre le graphisme architectural intrinsèque, riche et détaillé, de Beiteddine et le graphisme fonctionnel de l’instrument. Il en est résulté un troisième élément, qui m’a donné le frisson : la musique visuelle ».

Marc Nader souligne le plaisir que lui a procuré cette mission : « Je me sentais comme novice. J’ai travaillé durant trois mois, sans me presser. J’ai fait de nombreuses séances au palais où j’ai accédé à tous les recoins ».

Pour les instruments, Nader utilise ceux de sa propre collection et en emprunte un grand nombre, d’amis ou des établissements Mozart Chahine. « J’ai ainsi découvert des instruments « amusants », intéressants, comme le kokiriko, d’origine latino-américaine, qui sert à imiter les bruits de la nature; une flûte de Pan antique ou une autre, Inca… ».

Côté technique, «ma devise était : « faire » le plus simple possible », indique Nader. « J’ai choisi un appareil simple, avec un objectif unique, et un trépied. Ni éclairage d’appoint, ni réflecteur, ni déflecteur ; rien que la lumière naturelle. Je pense, ajoute-t-il, qu’il est inutile de recourir à des acrobaties techniques pour réussir une photo ».

Le résultat est là, étalé sur 52 pages. Netteté, jeu de formes ou de couleurs… le cadre au service de l’instrument, le mettant en relief, ou le contraire. Des images d’une pureté quasi palpable, comme le « granulé » de ce tambourin «oriental», placé devant un vitrail, pris à contre-jour…

« Je voudrais qu’on reconnaisse la photographie comme un art à part entière. Le noir et blanc comme la couleur », dit-il. «On peut faire des merveilles avec peu de choses. Depuis mon retour, je suis scandalisé par la dose de plagiat qui existe dans le domaine de la publicité, par exemple. Il suffit de regarder autour de soi pour trouver des idées, créer, inventer ».

Encore faut-il avoir l’œil, et le bon… et le don.