Images Musicales et Musiques Photographiques !

© Mondanité - Carine Nicolas | Juin 2005

Après avoir travaillé dans le domaine de la publicité durant plusieurs années, au Liban puis aux Etats-Unis, Marc Nader décide aujourd’hui de faire ces propres « trucs » comme il dit, la photo en amateur et la musique… Il enseigne à l’université américaine, une expérience enrichissante où Marc apprend de ses élèves autant qu’ils apprennent de lui. Indissociables, la musique et la photographie sont pour Marc Nader des moteurs d’émotions…. Une recherche de l’esthétisme et une maturité artistique que vous retrouverez non seulement dans son nouveau CD mais également dans ces photos …

“In the confines of your head” est-il votre premier CD ?

Oui. Avant, tout ce que je faisais, c’était sur commande, surtout des musiques publicitaires… Ce CD je ne l’ai d’ailleurs fait que pour m’amuser, m’exprimer. J’ai souvent composé pour des amis musiciens ou chanteurs, aux Etats-Unis ou en France, j’ai toujours fait de la musique.

D’où vous vient cet amour de la musique et de la photo? Avez-vous fait des études dans ce sens ?

Je me suis souvent penché sur la question. J’ai grandi dans une ambiance propice : ma mère était peintre et pianiste et cela a probablement laissé des traces. J’ai pris des cours de base, il est vrai, de piano, puis la maîtrise de la guitare et du keyboard est venue seule. Je me suis en quelque sorte auto-enseigné. Les études que j’ai suivies n’ont rien à voir avec l’art, j’ai fait l’ESCP… mais passionné de photo, j’ai décidé d’en faire ma profession.

A quel genre de musique appartient votre CD ?

Je n’arrive jamais à répondre spontanément à cette question. Je n’aime pas le catalogage. C’est un genre de soft pop rock, il y a des chansons rythmées et d’autres plus calmes. Ce n’est pas le genre de musique que vous écouterez 24h/24 à la radio. Elle est relaxante, elle demande une certaine maturité pour être vraiment appréciée…

Claude Salhani a écrit les paroles de vos chansons, quelle part avez-vous eu sur les thèmes de ces chansons ?

J’ai toujours eu du mal à traduire mes émotions par des mots écrits, je parle beaucoup mais lorsqu’il s’agit d’exprimer clairement une idée je le fais mieux en photos et en rythmes ! C’est pourquoi Claude Salhani s’est occupé des paroles pour moi. Mais c’est tout un processus… l’idée de chaque chanson vient de la mélodie, j’écoute, je fredonne, je m’imprègne, cela crée des images en moi, je les parcours, et l’image qui revient le plus souvent est l’image du thème de la chanson. Je donne donc à Claude une « image », parfois très diffuse, et une mélodie sur laquelle il crée un texte. Par exemple pour le track « In the Smoked Filled Room » je voyais une boite de nuit prête à se vider, les chaises déjà sur les tables, encore enfumée, un croisement de regards, une femme … le tableau quoi. Vous savez, en photo c’est la même chose, une musique peut aussi m’inspirer une image, c’est un entrelacement …

Pourquoi l’anglais ?

Si nous avons choisi l’anglais c’est parce que Claude est anglophone en premier lieu. Et ensuite je trouve que la langue anglaise est plus musicale, le mot anglais est plus maléable, plus fluide que le mot français. Il n’y a pas d’arrêt net en anglais comme en français. Par contre je n’exclue pas du tout un CD en français, mais ça sera pour plus tard.

Vous avez un producteur ?

J’ai entièrement produit le CD. Cependant la distribution pour le Moyen Orient c’est Music Master qui s’en occupe. Music Master distribue des musiques occidentales importées, mais pas celles produites localement … Donc avec moi ils se lancent en quelque sorte. Comme moi !

Et pour un éventuel livre de photos, vous produirez vous-même également ?

Si je fais un livre de mes photos il faudra que je trouve un éditeur, l’avis de recherche est lancé … Je veux faire quelque chose de vraiment parfait avec du beau papier, une belle mise en page et une belle impression. Ce serait une rétrospective de mon travail personnel sur près de 40 ans.

Quels sont vos thèmes de prédilection, vos critères de création ?

Je ne suis pas vraiment très « thèmes ». La photo pour moi c’est l’émotion, il faut que je voie quelque chose qui me touche, me plaise. Les critères : le jeu subtil de la lumière et des ombres, l’harmonie des couleurs, des lignes et des formes. J’aime construire mes photos, parfois en quelques secondes parfois plus, j’enregistre ce que je vois, en appliquant fidèlement et instinctivement mes critères esthétiques d’équilibre et de simplicité… J’aime ce qui est épuré!

Quelle marge donnez-vous à l’improvisation ?

La plus grande partie de mes photos, à part les set-up en studio, sont improvisées, en ce sens que le sujet se présente à moi, tel quel, sans prévenir, je le regarde, je l’enregistre. Vous savez, on voit beaucoup de chose sur un angle de 180 degrés, mon attention va sur les détails qui me font vibrer, des gens, des objets, des scènes. Les détails peuvent faire 4km comme 2 cm, ce qui n’est rien sur un angle de 180 degrés. J’essaye d’enregistrer mon sujet de la façon la plus efficace et la plus simple, de traduire une impression, une émotion, de la communiquer en faisant abstraction de tout ce qui pourrait l’altérer.

Vous faites vous-même vos tirages ?

Actuellement, il m’arrive très rarement de faire de la chambre noire, je travaille surtout en numérique, c’est plus rapide, plus relax, plus « propre », mais un peu froid à mon goût. C’est vrai que l’analogique a un meilleur rendu, plus subtil, plus chaud, presque tactile. Et puis le grain d’un film, c’est pas forcément moche… Je combine souvent film et numérique. C’est comme le vynil et le numérique en musique, c’est incomparable. Cependant je donne à la photo numérique 3 ou 4 ans pour atteindre la qualité et surtout l’accessibilité de l’analogique….

Lorsque vous passez devant une scène qui attire votre attention et que vous n’avez pas votre caméra…

Je ne me promène pas toujours avec ma camera et souvent j’ai des pincements. Mais vous savez, être photographe ce n’est pas seulement prendre une photo, c’est d’abord savoir regarder et voir, puis s’imprégner de toutes les scènes de la vie et des émotions qu’elles provoquent … Mais il est vrai que quelques fois il y a une frustration devant l’incapacité de photographier certaines choses…

La peinture est-elle une source d’inspiration ?

La belle peinture est la plus belle source d’inspiration, Rembrandt est une superbe école de lumière… Je m’inspire inconsciemment peut-être des grands peintres, mais mon moteur de création c’est surtout ce que je vois …